Face à une succession de crises sans précédent (sanitaire, énergétique, budgétaire) et portés par l’élan des Jeux olympiques de Paris 2024, les élus locaux en charge des sports ont dû repenser en profondeur leur politique sportive. Premiers financeurs publics du sport en France avec 57 % du soutien public, les communes et intercommunalités affrontent aujourd’hui des défis structurels majeurs : vétusté des équipements, pression budgétaire, transition énergétique, évolution des pratiques. Décryptage des dix enjeux clés qui façonneront la prochaine mandature.
Le sport, deuxième poste de dépenses des communes : un enjeu de politique locale incontournable
En matière d’activités physiques et sportives, la loi de réforme des collectivités territoriales de décembre 2010 a confirmé le maintien d’une clause de compétences partagée sans chef de file entre les communes, les départements et les régions. Toutefois, chaque collectivité locale est libre de s’investir dans ce domaine en fonction des choix politiques de son exécutif et aucun texte ne l’oblige à intervenir dans le domaine sportif.
Pour autant le sujet est décisif en matière de politique locale : le sport est, après l’éducation, le deuxième poste de dépenses des communes et le bloc communal prend en charge à lui seul 57 % du soutien public au sport, faisant des communes et des intercommunalités les premiers financeurs publics du sport en France. Ce rôle est encore plus déterminant en matière de sport de proximité, qu’il soit autonome, associatif ou scolaire. Les collectivités locales possèdent en outre 81 % des équipements sportifs en France (72 % pour les communes) et la mise à disposition gratuite de ces équipements sportifs, non comptabilisée comme une aide publique, est une spécificité française.
Sport et territoires : entre cohésion sociale, attractivité et création de richesses
Par ailleurs, l’économie du sport représente un enjeu territorial grandissant : santé, inclusion sociale, attractivité territoriale, relation à l’environnement, création de richesses… Sujet peu clivant, porteur de consensus et de nombreuses externalités positives, le sport mobilise les élus avec une finalité qui va le plus souvent bien au-delà de la simple fourniture de services sportifs, il est perçu comme une question d’intérêt général : démocratisation de la pratique, valorisation des équipements, soutien des associations, développement d’un environnement propice au bien-être et à la cohésion sociale, contribution au dynamisme local…
Si la vision politique de la place du sport dans l’action locale a peu varié sur le fond, sa mise en œuvre a été profondément transformée ces dernières années. Avec une succession de crises, sanitaire, budgétaire, énergétique… la précédente mandature nous a montré que la politique publique sportive doit s’adapter profondément, d’autant que les conditions de la pratique ne cessent de se transformer : un public plus féminin et plus senior, une pratique plus orientée vers le bien-être, des attentes plus personnalisées, un secteur privé qui s’affirme, des associations en mutation, des besoins d’adaptation multifactorielle des équipements (vétusté, diversification des usages et des utilisateurs, accessibilité temporelle et spatiale, consommation énergétique…) et des enjeux croissants de santé publique.
Mandature 2020-2026 : une politique sportive locale mise à l’épreuve des crises
Le bilan de la mandature actuelle est dominé par l’impact de quatre points cardinaux. Avec l’organisation des Jeux de Paris 2024, les collectivités locales ont été affectées par trois crises majeures avec de forts retentissements sur la politique sportive : la crise sanitaire, la crise énergétique et la crise politique et budgétaire.
Crise sanitaire et équipements sportifs : les leçons de la fermeture des gymnases et piscines
Entre le 17 mars 2020 qui a acté la fermeture en France de tous les équipements sportifs et la fin officielle de la crise sanitaire le 1er juin 2021, les collectivités ont dû mettre en place des protocoles sanitaires exceptionnels (gymnases, piscines puis arénas) pour la reprise des activités sportives, accompagner les clubs sportifs, réviser leur calendrier évènementiel, encourager de nouvelles pratiques.
Pour autant, l’analyse des comptes locaux en 2020 et 2021 ne montre qu’un recul limité des dépenses de fonctionnement, sans effet significatif sur l’investissement, si l’on tient compte du cycle électoral. Cette séquence n’a pas seulement été une parenthèse : elle s’est prolongée dans les faits, puisque la pratique associative n’est revenue à la situation ex ante qu’en 2023 mais elle a aussi été révélatrice des fragilités structurelles de fonctionnement des équipements sportifs, des besoins d’adaptation de leur modèle économique et elle a mis en exergue des enjeux de sédentarité et de santé mentale sous-estimés jusque-là.
Crise énergétique et équipements sportifs : l’impact sur les piscines et le chauffage des installations
La crise énergétique qui a suivi la guerre en Ukraine a aussi été marquante. Alors que 67 % des équipements sportifs sont chauffés aux énergies fossiles et 23 % à l’électricité (10 % avec des solutions alternatives), le prix de gros du gaz est passé de 14,6 euros/MWh en 2019 à 112,1 euros/MWh en 2022 et le prix spot de l’électricité a été multiplié par 4 entre le début d’année 2021 et le mois de décembre (222 euros/MWh) avec un plus haut en 2022 à plus de 1000 euros/MWh. Les mesures gouvernementales (bouclier tarifaire pour les très petites collectivités, baisse de la fiscalité et élargissement de l’accès au tarif régulé du nucléaire pour les autres) ont limité cet impact sans le faire disparaître. Le modèle structurellement déficitaire des piscines a particulièrement été affecté avec une réponse fréquemment axée sur des fermetures hebdomadaires ou plus durables, voire définitives, un point inimaginable auparavant pour un service public. Cette crise a fait doublement écho au sein des exécutifs locaux. D’abord avec les enjeux de rénovation énergétique toujours prégnants puisque le mix énergétique des équipements les plus récents a peu évolué, ensuite avec les enjeux plus globaux de réchauffement climatique dont les effets à la fois sur certaines disciplines (ski, voile…) et sur les modalités de la pratique et l’adaptation des équipements restent encore à prendre en compte par les acteurs.
Crise budgétaire des collectivités : quand les dépenses sportives subissent la pression fiscale
La troisième crise mêle l’instabilité politique de la représentation nationale à la montée des difficultés budgétaires dans un contexte de faible croissance de l’économie. Elle s’est traduite par une érosion généralisée des moyens des collectivités locales. Le ralentissement des recettes et la réduction de l’autonomie fiscale vont de pair avec une forte inertie des dépenses sociales et de personnel. Dès lors, les dépenses d’investissement, comme de soutien au sport ou aux associations ont été soumises à une pression croissante pendant la mandature, particulièrement en 2024 et 2025.
Jeux olympiques et paralympiques de Paris 2024 : un héritage sportif pour les collectivités locales
Le quatrième point cardinal de la mandature a été la séquence, couronnée de succès, des Jeux olympiques et paralympiques. Au-delà des collectivités directement concernées, la mobilisation collective Terre de Jeux 2024, l’élan du « parcours de la flamme » et l’adhésion des Français ont démontré que le sport était un sujet de consensus dans le pays. Même si la question de l’héritage et de l’ambition à formuler pour la politique sportive dans le pays reste floue, voire taboue, les Jeux de 2024 resteront un repère majeur pour le sport en France.
Vers une stratégie sportive locale pour la prochaine mandature
Au total, cette mandature aura constitué une formation accélérée à la gestion de crise pour les élus en même temps qu’elle a constitué un révélateur d’enjeux jusque-là peu considérés. Elle aura poussé les acteurs du sport à travailler collégialement dans une situation d’urgence, et à rendre incontournable la réflexion sur une véritable stratégie pour la politique sportive locale de la prochaine mandature.


